Lettre à Marguerite Salomé FRANCK, München 6 août 1882

Publié le par Solnade

Munich, 5 août 1882

München, 6 août 1882

 

Ma chère Marguerite,

 

Je suis resté endormi ce matin plus que de raison. Mes courses d’hier à travers la ville et les … m’avaient plus fatigué peut-être que le chemin de fer. Je viens de m’habiller à la hâte et je trace ces lignes bien vite pour vous dire seulement que ma santé est parfaite et que je ne vous oublie pas. Si j’ai un moment avant le départ du train je complèterai ma lettre, mais je n’ose l’espérer. Rappelez-moi au souvenir de tous et embrassez Jeanne, Loulou et la tante qui vous le rendront pour moi.

 

A vous de tout cœur,

 

Louis

 

Après le café

 

J’ai encore un quart d’heure avant le départ de l’omnibus, j’en profite pour causer un instant de plus avec vous.

 

Que vous disais-je ? Que Munich n’a pas tout-à-fait répondu à l’idée que je m’en étais faite et que cependant c’est une belle ville. Il y a de beaux musées, de beaux monuments, de larges rues, une vaste promenade. Mais à chaque pas, on retrouve des traces du mauvais goût allemand. Bref, ce n’est pas encore ici que je voudrais vivre, si j’avais le choix d’une résidence.

 

Après ma visite dans les musées, je suis allé promener dans un bois superbe qu’on appelle le Jardin anglais, et là près d’une maison de garde, dans un joli cadre de verdure, j’ai aperçu un petit Loulou, grand comme le nôtre, mal peigné, plus mal débarbouillé, mais gentil à croquer, comme le nôtre. Seulement il avait cet avantage c’est qu’il n’avait ni souliers ni chapeau, ce qui est bien plus naturel. J’espère en … là à Paris, mais j’ai bien peur d’avoir à subir une lutte sérieuse avec vous.

 

J’ai eu hier un temps splendide mais frais. Aujourd’hui, il pleut. Bon temps pour voyager. Je n’arriverai à Vienne que vers 10 heures du matin. Je passerai ma journée à regarder le paysage et un peu à penser à la maison.

 

On appelle les voyageurs. Je vous quitte en vous envoyant de Munich un bon souvenir et un bon baiser.

 

J’espère trouver une lettre à Vienne demain matin. Dites-moi si votre santé est toujours bonne, si Loulou est sage, si Jeanne et la tante vont bien, si les domestiques font bien leur service ?

 

Louis

Vienne 7 août 1882

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