Lettre à Marguerite Salomé FRANCK, Vichy 20 juillet 1883

Publié le par Solnade

Etablissement thermal de Vichy
Salon de lecture du casino

Vendredi 20 juillet 1983

Ma chère Marguerite,

Je viens de relire la lettre de Jeanne. Elle n’a pas à vrai dire l’intérêt que j’en attendais. Hier soir, en la conduisant au théâtre, je lui faisais la leçon sur la manière d’écrire en voyage et de faire partager aux absents ses propres impressions. Je croyais avoir été compris. Il paraît que je n’ai pas été suffisamment clair et persuasif ou bien que l’entendement de Jeanne est fermé à toute clairvoyance. Notre journée d’hier a été très remplie. Communion à Theillat ; elle s’est terminée à Vichy par une soirée au théâtre où nous avons entendu la charmante musique des Dragons de Villars, qui m’a rappelé une bonne matinée passée avec vous à l’opéra comique.

Je comptais retourner aujourd’hui, dans l’après-midi, à Theillat, où malgré les distractions de Vichy, je suis attiré par la campagne et les excursions en plein air des champs. Mais on ne veut pas nous laisser partir avant 8 heures du soir, de sorte que nous ne serons au château qu’à la nuit.

Je n’ai pas besoin de vous dire que je ne vous oublie pas et que bien souvent je parle de mon petit Loulou. Hier, son parrain a voulu à toute force lui envoyer un souvenir. Il ma conduit au Paradis des enfants sages où il m’a ouvert un crédit illimité, en me disant : prend ce qui peut lui faire plaisir sans regarder le prix. J’ai choisi une boîte d’architecture qui fera, je crois, grand plaisir, à votre chérubin.

M’avez-vous écrit quelques mots et les trouverai-je ce soir en rentrant à Theillat ? J’avoue que cela me fera grand plaisir, car si j’ai de bonnes nouvelles de vous, je resterai un jour de plus afin de faire une grande course à Lapalisse et à la forêt de Marcenat. On insiste beaucoup pour me retenir et cette vue des champs me fait grand bien. Je n’en retrouverai qu’avec plus de plaisir la maison conjugale et ceux qui me sont les plus chers au monde.
C’est aujourd’hui votre fête ma chère Marguerite. Jeanne et moi nous vous l’avons déjà souhaitée hier. Jeanne avait mis dans sa lettre une fleur des champs, qu’elle a eu soin de laisser tomber ; je l’ai remplacée par une marguerite du jardin de Mr Grellety.

Ecrivez-moi au reçu de cette lettre pour me dire si toutes mes lettres vous sont parvenues, comment vous passez vos journées, quel est l’état de votre santé, la conduite de Loulou etc. etc.

Tout le monde ici, votre mari compris, est en bonne santé, on rivalise d’amabilité pour nous faire trouver le séjour agréable et l’on regrette journellement que vous ne soyez pas des nôtres. J’ai promis qu’une autre fois, je ne viendrais qu’avec vous.

A bientôt ma chère Marguerite, n’oubliez pas trop les absents et donnez deux bons baisers à cette jolie petite créature qui vous appelle maman et vous regarde avec des yeux si tendres.

Votre dévoué et affectueux mari.

Louis

Je ne vois pas, parmi les petits garçons que je trouve sur mon chemin depuis mon départ, de plus bel enfant que notre fils. Jeanne se tient pas mal. N’oubliez pas l’adresse à Theillat par St-Gérand le Puy (Allier).

 


NB : Les Dragons de Villars, par Louis-Aimé MAILLART, opéra-comique en trois actes, fut créé au Théâtre-lyrique le 19 septembre 1856. Cet opéra aura plus de 50 représentations entre 1856 et 1863.

Pour l’histoire : les dragons de Villars laissèrent un triste et sanguinaire souvenir dans la population protestante des Cévennes. Le duc de Villars, né à Moulins, avant de commencer une carrière d’ambassadeur, fut surtout un soldat, Grand capitaine, il était détesté pour son orgueil et pour son âpreté au gain. Les Dragonnades, c’est le nom donné aux mesures violentes de conversion des protestants au catholicisme, sous le règne de Louis XIV. En 1681, sur ordre de Louvois, les soldats des régiments de « Dragons » multiplièrent les exactions et les sévices pour obtenir l’abjuration des habitants des provinces protestantes. Des dizaines de milliers de protestants furent forcés de se convertir dans les Cévennes, le Poitou et le Béarn

 

Publié dans Marguerite Salomé

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