Marguerite Salomé

Vendredi 30 janvier 2009
Etablissement thermal de Vichy
Salon de lecture du casino

Vendredi 20 juillet 1983

Ma chère Marguerite,

Je viens de relire la lettre de Jeanne. Elle n’a pas à vrai dire l’intérêt que j’en attendais. Hier soir, en la conduisant au théâtre, je lui faisais la leçon sur la manière d’écrire en voyage et de faire partager aux absents ses propres impressions. Je croyais avoir été compris. Il paraît que je n’ai pas été suffisamment clair et persuasif ou bien que l’entendement de Jeanne est fermé à toute clairvoyance. Notre journée d’hier a été très remplie. Communion à Theillat ; elle s’est terminée à Vichy par une soirée au théâtre où nous avons entendu la charmante musique des Dragons de Villars, qui m’a rappelé une bonne matinée passée avec vous à l’opéra comique.

Je comptais retourner aujourd’hui, dans l’après-midi, à Theillat, où malgré les distractions de Vichy, je suis attiré par la campagne et les excursions en plein air des champs. Mais on ne veut pas nous laisser partir avant 8 heures du soir, de sorte que nous ne serons au château qu’à la nuit.

Je n’ai pas besoin de vous dire que je ne vous oublie pas et que bien souvent je parle de mon petit Loulou. Hier, son parrain a voulu à toute force lui envoyer un souvenir. Il ma conduit au Paradis des enfants sages où il m’a ouvert un crédit illimité, en me disant : prend ce qui peut lui faire plaisir sans regarder le prix. J’ai choisi une boîte d’architecture qui fera, je crois, grand plaisir, à votre chérubin.

M’avez-vous écrit quelques mots et les trouverai-je ce soir en rentrant à Theillat ? J’avoue que cela me fera grand plaisir, car si j’ai de bonnes nouvelles de vous, je resterai un jour de plus afin de faire une grande course à Lapalisse et à la forêt de Marcenat. On insiste beaucoup pour me retenir et cette vue des champs me fait grand bien. Je n’en retrouverai qu’avec plus de plaisir la maison conjugale et ceux qui me sont les plus chers au monde.
C’est aujourd’hui votre fête ma chère Marguerite. Jeanne et moi nous vous l’avons déjà souhaitée hier. Jeanne avait mis dans sa lettre une fleur des champs, qu’elle a eu soin de laisser tomber ; je l’ai remplacée par une marguerite du jardin de Mr Grellety.

Ecrivez-moi au reçu de cette lettre pour me dire si toutes mes lettres vous sont parvenues, comment vous passez vos journées, quel est l’état de votre santé, la conduite de Loulou etc. etc.

Tout le monde ici, votre mari compris, est en bonne santé, on rivalise d’amabilité pour nous faire trouver le séjour agréable et l’on regrette journellement que vous ne soyez pas des nôtres. J’ai promis qu’une autre fois, je ne viendrais qu’avec vous.

A bientôt ma chère Marguerite, n’oubliez pas trop les absents et donnez deux bons baisers à cette jolie petite créature qui vous appelle maman et vous regarde avec des yeux si tendres.

Votre dévoué et affectueux mari.

Louis

Je ne vois pas, parmi les petits garçons que je trouve sur mon chemin depuis mon départ, de plus bel enfant que notre fils. Jeanne se tient pas mal. N’oubliez pas l’adresse à Theillat par St-Gérand le Puy (Allier).

 


NB : Les Dragons de Villars, par Louis-Aimé MAILLART, opéra-comique en trois actes, fut créé au Théâtre-lyrique le 19 septembre 1856. Cet opéra aura plus de 50 représentations entre 1856 et 1863.

Pour l’histoire : les dragons de Villars laissèrent un triste et sanguinaire souvenir dans la population protestante des Cévennes. Le duc de Villars, né à Moulins, avant de commencer une carrière d’ambassadeur, fut surtout un soldat, Grand capitaine, il était détesté pour son orgueil et pour son âpreté au gain. Les Dragonnades, c’est le nom donné aux mesures violentes de conversion des protestants au catholicisme, sous le règne de Louis XIV. En 1681, sur ordre de Louvois, les soldats des régiments de « Dragons » multiplièrent les exactions et les sévices pour obtenir l’abjuration des habitants des provinces protestantes. Des dizaines de milliers de protestants furent forcés de se convertir dans les Cévennes, le Poitou et le Béarn

 
Par Solnade
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Vendredi 30 janvier 2009
Vichy, mardi 17 juin 1890

Ma chère Marguerite,

J’ai cru un instant que je ne pourrais pas vous écrire aujourd’hui.

Il est 2 heures passées et je viens de recevoir la visite de Mr de Marcilly. Vous savez que quand il s’installe quelque part, ce n’est pas pour cinq minutes. Voyant le temps me gagner, j’ai fini par tirer ma montre et je lui ai demandé la permission de vous écrire un mot avant le départ du courrier. Il a enfin compris et a pris congé de moi en me chargeant de tous ses compliments pour ma famille et pour vous en particulier.

Je ne puis du reste que vous répéter ce que je vous ai dit hier. J’arriverai demain au Puy à 6 heures 4 s et à 7 heures nous pourrons nous mettre à table. Dites à Victor qu’il vienne me chercher et à Antoine qu’il se trouve à la gare avec une voiture réglementaire pour prendre ma malle. Cette voiture devra être demandée par lui de ma part au Major dans la journée.

Ma santé est toujours bonne et je suis très heureux de rentrer à la maison, surtout après les émotions des jours précédents.

Madame Grellety a voulu à toute force envoyer quelque chose à Loulou de la part de Berthe. Je rapporterai donc à mon mauvais sujet un bateau et une balle, plus un chien savant.

Attendez-moi pour dîner et si Loulou a eu de bonnes notes, permettez-lui de venir me chercher à la gare. Je vous embrasse de tout cœur en attendant que je puisse le faire en réalité.

Votre affectionné mari,

Louis
Par Solnade
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Vendredi 2 janvier 2009
Le château de Theillat datant du 19e est joliment dépeint sur le superbe site de sanssat.net.

Tout au plus allons-nous vous rappeler qu'il appartenait à la famille de BERTHET qui la vendit aux NOAILLY qui firent reconstruire le château dans la seconde moitié du 19e, l'ancien ayant été incendié au 18e.

Claude-Ernest NOAILLY épousa en 1863 à Paris Marie Augustine Caroline NICOLAS-SIMONARD, fille de Michel, professeur au collège de Juilly en Seine-et-Marne) et Marie-Augustine HACKSPILL, soeur aînée de Louis François Céleste.

Les parents de Caroline, décédés respectivement en 1871 et 1885, reposent au cimetière de Sanssat dans l'Allier.

Cette disparition avait déjà été évoquée par Louis Céleste dans son carnet de mémoire.

20 juillet 1883, il vient rendre visite à ses neveux et nièces et en profite pour fréquenter les thermes de Vichy tout proches, l'opéra et bien sûr participer aux courses de chevaux, un de ses dadas favoris.

Le 17 juin 1890, il profite d'une mission à Vichy pour revoir sa cousine Madame GRELLETY, dont le mari est médecin thermal.

Vous saurez tout sur les NOAILLY sur le site web cité plus haut qui publie une photo des descendants de Marie-Augustine H, vos cousins. Par ailleurs, nous remercions son arrière-arrière-petit-fils Jean-Pierre GOUTET, qui nous a fait aimablement parvenir au printemps 2008 la liste de ses descendants jusqu'à la 6e génération. En voici un aperçu jusqu'à la 4e :

Descendance de HACKSPILL Marie Augustine

HACKSPILL Marie Augustine N : 15/08/1825  D : 18/03/1871 Sanssat (03)
x SIMONARD-NICOLAS Michel N : 15/08/1807  D : 08/01/1885 Paris (75) Professeur au collège de Juilly
| ...NICOLAS-SIMONARD Marie Augustine Caroline N : ../../1846   D : 13/03/1864 Paris (75)
| ...SIMONARD-NICOLAS Lucie N : 08/08/1853 Gentilly (94)  D : 07/02/1924 Riom (63)


Descendance de NICOLAS-SIMONARD Marie Augustine Caroline

NICOLAS-SIMONARD Marie Augustine Caroline N : ../../1846   D : 13/03/1864 Paris (75)
x NOAILLY Claude Ernest N : ../../1821  M : 05/02/1863 Paris (75) D : 31/12/1892 Sanssat (03) Propriétaire terrien, Maire de Sanssat
| ...NOAILLY Paul N : 31/01/1864 Paris (75) D : 23/03/0198 
| ...NOAILLY Alice Marie N : 29/08/1866 Sanssat (03)  D : 09/06/1912 Paris (75)
| ...NOAILLY Georges  


Descendance de SIMONARD-NICOLAS Lucie

SIMONARD-NICOLAS Lucie N : 08/08/1853 Gentilly (94)  D : 07/02/1924 Riom (63)
x GRELLETY Lucien N : 24/11/1847 Vallereuil (24) M : 16/11/1876 Paris (75) D : 18/05/1923 Paris (75) Directeur de clinique; Médecin thermal Vichy
| ...GRELLETY Berthe N : 11/07/1879 Vichy (03) D : 09/02/1949 Riom (63) Ambulancière 14-18
| ...GRELLETY René N : 17/06/1883 Vichy (03) D : 28/05/1918 Fleury-les-Aubrais (45) Médecin thermal à Vichy 1913; Royat 1915


Descendance de NOAILLY Paul

NOAILLY Paul N : 31/01/1864 Paris (75) D : 23/03/0198 
x GUILLEMIN Marie Louise N : 22/04/1870  D : 02/12/1948 
| ...NOAILLY Marie Valentine Elisabeth N : ../../1899   D : ../../1927 
| ...x de POILLOÜE de SAINT MARS Jean N : 23/10/0891  M : ../../1910  D : ../../1955  Colonel d'artillerie; officier Légion d'honneur; croix de guerre
| ...NOAILLY Simone 
| ...x BERGEGNOT M 
| ...NOAILLY Odette  D : 06/01/1982
| ...x CRAPLET Marie France N : 23/08/1918 Troyes (10) 
| ...GOUTET Marcel


Milan 25 et 26 août 1882

Par Solnade
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Vendredi 2 janvier 2009

  Bruck an der Leitha 19 août 1882
Wien, dimanche le 20 août 1882

 

Ma chère Marguerite,

Vous voyez là une vue de Vienne que j’ai trouvée à côté de l’hôtel et qui est assez ressemblante. Elle vous donnera une petite idée de la jolie capitale de l’empire austro-hongrois. C’est assez beau en apparence mais cela ressemble à Paris comme par exemple Rungis ressemble à St Cloud. Comme je l’ai écrit ce matin à Jeanne, qui aujourd’hui est mon interprète, j’ai renoncé à mon voyage à Pesth pour deux raisons. D’abord le temps était affreux et peu encourageant pour un voyageur, ensuite je pourrai de la sorte partir un jour plus tôt et être à Paris le 27 ou le 28. Mon premier soin a été aujourd’hui de demander le courrier de Paris. Il était par hasard en retard d’une heure et demie et ne devait arriver qu’à 10 heures. En compensation, à l’heure dite, il ne m’a rien apporté, pas même un journal. C’est assez triste pour un dimanche et je ne suis pas du tout content. Je vous gâte en vous écrivant tous les jours et en échange je ne puis même pas obtenir une lettre tous les quatre jours. Quand, je ferai un nouveau voyage, je vous écrirai tous les huit jours, et la veille de ma rentrée pour vous dire : j’arrive demain, faites mettre un couvert de plus.

J’ai passé la matinée à visiter le Belvédère, le grand musée de peinture de Vienne, et j’ai été tout étonné de trouver réunis une foule de tableaux de l’école italienne et des Rubens comme le Louvre n’en possède pas de plus beaux. Le palais du Belvédère est entouré de beaux jardins ; et il y a aux environs quelques jolies maisons avec jardin ; c’est un quartier que je ne connaissais pas et, si nous étions à Vienne, c’est certainement celui que je voudrais habiter. C’est là du reste que Mr Schmitt vient d’acheter une nouvelle maison qu’il occupera au mois d’octobre prochain.

En sortant du Belvédère, je me suis rendu à la cathédrale Stephanskirche, le plus curieux des monuments de Vienne. C’est une vieille cathédrale entre l’an 1300 et l’an 1510 ; moitié roman moitié gothique. La nef était pleine de monde ; un gros moine prêchait en allemand. Je n’ai pas compris un mot de ce qu’il disait, mais il criait, il se démenait, gesticulait comme un diable dans un bénitier. Ce qu’il disait devait être très touchant et très impressionnant car une bonne femme à côté de moi pleurait à chaudes larmes et un gros homme rouge et obèse faisait des signes de croix et se frappait la poitrine ; celui-là avait bien sûr quelque chose sur la conscience. Quand le moine eut fini, il descendit de chaire et les dévotes le poursuivaient en embrassant ses mains et sa soutane. Une belle jeune fille lui embrassa aussi la main ; elle avait un air doux et tendre ; certainement elle avait quelque grâce à demander au ciel, l’amour constant de son fiancé ou la santé d’un père malade.  Après, le sermon de la messe continua et chacun se mit à braire à qui mieux en accompagnant l’orgue ; il n’y a ni chantres ni maîtrise ; ce sont les fidèles qui font les frais du chant et je vous assure que cela ne ressemble en rien à la belle musique de St Roch ou de la Madeleine. L’assistance avait l’air assez misérable quoique endimanchée ; aucune élégance ; à peine quelques Dames un peu habillées. Le Vienne élégant est tout entier à la campagne ; il n’y a plus à la ville en cette saison que les malheureux qui ne peuvent faire autrement.

Après la messe, je suis rentré à l’hôtel pour dîner et je me repose l’après-midi en vous écrivant ces lignes, quoique je sois de fort méchante humeur.

A quatre heures, j’irai au Volksgarten écouter l’orchestre de Strauss et ce soir j’irai souper au Prater. Mr Schmitt est à Semmering d’où il ne reviendra que demain matin ; toute l’ambassade française à Reichenau est invitée chez l’ambassadeur. J’y serais aussi si je n’avais dû aller à Pesth. Voilà comment il se fait que je suis seul toute la journée.

Jeanne, dans sa dernière lettre, ou du moins c’est vous dans celle du 16 qui trouvez le Semmering bien sauvage. Le site que représente la photographie l’est en effet beaucoup, mais le paysage que l’on a devant soi lorsqu’on est sur le balcon de la villa Schüler l’est infiniment moins. La vue, au contraire, quoique très variée et accidentée est très belle. Mais l’inconvénient de la situation est que le pays n’offre par lui-même aucune ressource : que du lait et des œufs. Madame Schmitt mange à l’hôtel avec toute sa petite famille, au moins pour le dîner. Quand elle a du monde, elle fait venir chez elle, mais cela doit être fort gênant et fort coûteux.  J’aimerais mieux une simple petite maison de campagne moins pittoresque peut-être mais dans le voisinage d’un village ou d’une ville, avec un jardin, des chiens, des chats et surtout des poules. Il y a dans les environs de Vienne et bien près de la ville de jolis endroits qui présentent sous ce rapport des ressources de toutes espèces.

Je compte terminer à Vienne demain toutes mes visites et partir pour Trieste mardi à 7 heures du matin. Je commence à me fatiguer de ces allées et venues continuelles et surtout de la cuisine du restaurant. Jean est sûr d’avoir souvent des compliments à mon retour car sa cuisine est bien plus fine que tout ce qu’on sert ici dans les meilleurs hôtels. J’ai été très heureux d’apprendre par Jeanne que tout va bien à la maison, c’est pour moi une grande tranquillité ; j’espère que demain matin une lettre de vous m’en renouvellera l’assurance’.

Aurez-vous la patience de lire ce long journal sans bailler. Dès que je commence à causer avec vous, je ne m’aperçois pas que le temps passe et si je n’arrivais pas à la fin de ma 4epage, je crois que j’écrirais ainsi jusqu’à demain, sans songer que je puis ne pas amuser mon lecteur ou plutôt ma lectrice.

Ma santé est toujours excellente ; cette journée de repos va me donner de nouvelles forces pour affronter d’autres fatigues et je vous reviendrai en parfait état. J’entasse dans mon cerveau mille observations diverses, mille petits faits que je vous raconterai plus tard et qui serviront à entretenir nos causeries au coin du feu, auprès du berceau de Loulou, lorsque Jeanne fatiguée par les travaux du jour et la lecture du journal, commencera à incliner la tête sur sa poitrine et à fermer ses yeux tout prêts pour le sommeil.

Le voyage a ceci de bien qu’il fait apprécier et aimer le foyer et qu’il réveille en nous des sentiments profonds que l’on ne soupçonne pas toujours en temps ordinaire.

N’oubliez pas de m’écrire et de m’envoyer des journaux à Trieste et dans le cas où vous seriez fatiguée, chargez Jeanne ou la tante  de cette mission. Recommandez à Loulou d’être bien sage et de ne pas toucher aux poires de Mr Fournet ; parlez-lui de son papa qui reviendra bientôt. Embrassez pour moi Jeanne et la tante Barbe que je serai heureux de trouver à mon retour. Si vous voyez Blanche, dites-lui qu’elle se dépêche à se marier pour que nous n’ayons plus cette préoccupation. Je vous embrasse bien tendrement et suis à vous de tout cœur.

Un bon baiser à Loulou, s’il est sage. Bonjour à Blanche et à sa mère, à la famille Stoltz si elle est revenue de la campagne. Dites aux domestiques que je leur envoie le bonjour.




Par Solnade
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Vendredi 2 janvier 2009

Venise 24 août 1882

Milan, 25 août 1882

Ma chère Marguerite,


Parti ce matin de la belle Venise, me voilà à Milan, en parfaite santé et pas autant fatigué. Je vais voir les curiosités de la ville et demain 26 je me remettrai en route non pas pour rester à Turin mais bien pour ne m’arrêter qu’à Paris.


Turin est une ville toute moderne, par conséquent peu intéressante ; j’ai calculé qu’il valait mieux passer un jour de plus avec vous et surtout ne pas vous laisser seule un dimanche de plus.


J’arriverai donc à Paris dimanche matin à 7 heures 50 et je vous prie d’envoyer Paul à la gare de Lyon. Il devra partir de la maison vers 6 heures et demie. Je me réjouis bien du retour et je garde pour plus tard le récit de la fin de mon voyage.


Un bonjour affectueux à toute la famille.


A vous de tout cœur.


Louis


J’écris un mot à Blanche pour l’inviter à dîner avec nous dimanche.



Milan, le 26 août 1882, 7 heures du matin

 

Ma chère Marguerite,


Hier, j’étais tout feu et tout flamme et si je n’avais écouté que mon désir de vous revoir bien vite, je serais parti le soir même pour Paris. Ce matin, je sens que je suis réellement un peu fatigué et qu’il serait peu sage de me remettre de suite en route et d’affronter encore 21 heures de chemin de fer. Je ne veux pas vous arriver avec ce qu’on appelle la fièvre du voyage.


Je vais donc continuer mes promenades à travers les curiosités de Milan et j’irai ce soir coucher à Turin où j’espère trouver une lettre de vous. J’en repartirai tranquillement demain à 1 heure après-midi et lundi matin à 7h50 je serai à la gare de Lyon où Paul devra me prendre.


Si Venise m’a charmé par son caractère étrange, Milan me plait par sa beauté moderne, sa cathédrale merveilleuse tout en marbre de Carrare, monument unique au monde ; ces deux villes n’ont aucun point de comparaison. Je savais bien cela avant de m’y rendre, mais il faut voir pour se pénétrer de la réalité, et c’est pour cela que le voyage est une excellente manière de s’instruire et de s’armer l’esprit de maintes connaissances diverses qui ne s’effacent jamais.


Ce voyage, qui est à sa fin, a réellement été fort intéressant pour moi et je n’ai regretté qu’une chose c’est que vous ne fussiez pas là pour en partager les jouissances et les fatigues. Mais je songe pour l’avenir à un voyage en Italie ensemble et j’apprends dans ce but tous les mots italiens que j’entends prononcer. J’ai oublié de vous envoyer la lettre de Blanche que je vous annonçais ; je vous la montrerai lundi matin ; elle n’a du reste d’intéressant que ce qui concerne les projets de mariage. J’avais écrit à Blanche de venir dîner avec nous dimanche, je lui récris pour l’inviter lundi. Je désire que l’on fête un peu mon retour en famille, cela me fera grand plaisir.


Profitez de votre dernier dimanche de liberté pour faire avec la tante et les enfants une jolie promenade au Pré Catelan ; cela passera agréablement l’après-midi qui s’écoulera pour moi dans un wagon de chemins de fer ; je vous suivrai par la pensée dans votre promenade. Le petit feuillage que vous trouverez dans cette lettre, est une petite branche de myrte je crois, cueillie par moi au château de Miramar près de Trieste ; je l’ai gardé à votre intention. Il y a longtemps qu’il désirait prendre la route de Paris. Je dois vous dire que vos deux bonnes lettres reçues à Venise m’ont fort intéressé. Je compatis de tout cœur à vos petites misères, mais je ne saurais trop vous répéter qu’il faut en ce monde laisser de côté une foule de petits détails qui sont des ennuis, c’est vrai, mais qui ne méritent pas qu’on s’y arrête plus d’un instant. S’il fallait s’émouvoir de toutes les sottises que l’on rencontre ou plutôt que l’on voit ou que l’on entend, on perdrait un temps précieux et l’on ne serait plus armé pour les grandes épreuves de la vie. J’aurais bien voulu être auprès de vous un jour plus tôt, mais il est plus raisonnable de ne pas me surmener ; je vous arriverai plus dispos et en meilleur état.


Adieu donc ma chère Marguerite ; cette fois, c’est la dernière lettre que je vous écris d’Italie. Embrassez Jean, la tante et Loulou et croyez bien à la vive et entière affection de votre tout dévoué


Louis


Blanche m’annonce dans sa lettre que Mr de Boisseuil vient d’avoir une 3e fille ; vous avez sans doute reçu une lettre de faire-part, ou bien elle est au ministère, car il ne connaît pas notre adresse. Ma santé est excellente. J’ajoute à mon myrte une petite bruyère qui vient encore du Semmering. Elle est charmante et vous dit que, partout où je suis, je pense à vous.

 

NB : Le Jardin du Pré-Catelan est un parc botanique du Bois de Boulogne qui se trouve dans zone du Pré Catelan. C’est au capitaine des chasses de Louix XVI, Théophile Catelan, que nous devons l’origine du nom du jardin. Mais la légende l’attribue à un troubadour du nom d’Arnault Catelan, qui y aurait perdu la vie, alors qu’il apportait des présents à Philippe le Bel de la part de Béatrice de Savoie, comtesse de Provence. Source : Wikipédia

 

Par Solnade
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