Mémoires de l'Académie nationale de Metz - 1913

Publié le par Solnade

L'Académie de Metz, fondée par lettres patentes de juillet 1760, tenait séance annuellement.

Ici, nous vous livrons quelques extraits de ces mémoires, 553 pages, qui furent publiées juste avant la Grande Guerre qui permit à Metz de retourner dans le giron de la France.


Compte rendu des Travaux de l’Académie de Metz pendant l’année 1911-1912 par M. Eugène COLON, Secrétaire

2e période – XCIIIe année – 3e Série – XLIe année

1911-1912

 
 

Voici, Messieurs, qu’après une durée de plus d’un siècle et demi, l’existence de notre Société, quelque peu accidentée et même suspendue pour un temps, vient de s’allonger d’une unité de plus.

 

C’est de cette dernière venue dont j’ai à vous rendre compte, en relevant surtout dans cet exposé rétrospectif, comme c’est d’usage pour nos chers disparus, ce qui peut figurer à notre actif.


Au contraire de certains vieillards qui n’aspirent qu’au repos et considèrent ne plus vivre que des jours de grâce, une aussi honorable et aussi exceptionnelle longévité, qui jusqu’ici a résisté à toutes les atteintes, nous oblige à toujours plus de dévouement et d’activité, comme l’a si bien rappelé notre Président l’année dernière.

 

Il faut que, malgré tant d’institutions locales qui ont successivement disparu autour de nous, nous restions une exception décevante pour ceux qui se croient nos héritiers légaux, et qui ne sont peut-être aussi impatients d’être mis en possession que pour faire oublier une œuvre qui résume et conserve nos meilleurs souvenirs et que, dans des temps meilleurs, nos devanciers ont fait briller d’un si vif éclat.

 

N’est-ce pas le cas de rappeler un mot fameux et si justifié de Louis XII, s’appliquant à François 1er, si pressé aussi de lui succéder sur le trône de France : « Ce gros garçon gâtera tout !.

 

On ne peut contester que parmi les événements politiques, sociaux et économiques qui se sont succédé sans relâche et ont agité le monde entier dans le cours de cette année, il en est d’une gravité extrême qui ont particulièrement intéressé et inquiété notre pays et que je m’étais proposé de relever, à titre de documents, pour l’histoire de notre Lorraine.

 

Nos reporters périodiques ont si bien préparé les voies que la copie, si je puis m’exprimer ainsi, ne m’aurait pas manqué, mais j’ai dû renoncer à cette idée dans la crainte d’être entraîné trop loin.

 

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ADMISSIONS

 

Nous avons dû compléter le nombre de nos membres titulaires fixé par l’article 7 de notre règlement, en procédant à trois élections portées à notre ordre du jour du 20 juillet, et qui ont admis :

 

1° M. le général Hans d’Arnim, ancien gouverneur de Metz…


2° M. Le Docteur Charles François, maire de Delme, qui a marqué son dévouement dans l’administration de sa commune aussi bien qu’à notre département comme conseiller général, par différents travaux sur les asiles et la question d’hygiène.

 

M. l'Abbé Louis Hackspill, curé de Saulny près Metz, aussi un Lorrain, ancien professeur de langues orientales, un de nos vulgarisateurs les plus érudits. J’aurai à parler de l’éloquent discours qu’il a prononcé au Landtag, et qui a achevé de le faire connaître, sur la conservation de nos monuments historiques et l’œuvre architecturale qui s’accomplit chez nous.

 

Nous avons aussi admis deux membres correspondants : M. Louis-Marie-Edmond Pierre des Robert, de Malzéville, près Nancy, secrétaire de la Société d’archéologie Lorraine  et auteur de nombreux travaux historiques et héraldiques et M. l’abbé François-Marie-Joseph Thiriot, curé de Servigny-lès-Sainte-Barbe, qui poursuit, avec une grande persistance, des études sur le patois messin, dont nous avons dit le succès, et sur notre histoire locale.

 

Il n’est pas douteux que ces nouveaux collègues, qui ont tant de titres à notre confiance et qui aiment notre vieille Académie, ne lui apportent le concours dévoué auquel ils se sont engagés.

 


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Questions diverses

 

J’ai relevé en tête de ce rapport les événements et quelques faits qui ont plus particulièrement intéressé l’académie, mais il s’en est produit certains autres qui ont eu leur répercussion chez nous et parmi nos amis, et dont j’ai été prié de dire quelques mots, pour montrer que, pas plus que notre population, nous n’y avons été indifférents.

 

Il s’agit en premier lieu de l’agitation, qui s’est produite et s’est considérablement accentuée, relativement aux projets exécutés ou en cours d’exécution concernant la restauration de nos monuments, l’agrandissement de la ville et le style des nouvelles constructions qui n’a pas cessé de préoccuper l’Académie. C’est pour faire suite à la question que le Secrétaire a lu, dans la séance du 15 octobre, un extrait du statut local pour la préservation de la physionomie de la ville de Metz, arrêté le 29 mai 1911 par le Conseil municipal, approuvé par le Président du département le 22 juillet et publié le 28.

 

Les prescriptions édictées ne s’appliquent qu’aux constructions modernes ou projetées, en vue surtout de la voirie et de l’hygiène, elles sont loin de répondre aux desiderata des amis de nos vieux monuments et de nos archéologues, qui malgré cette première déception pourtant, sont loin de se décourager.

 

Ce règlement tel quel a donné lieu sans retard à un examen et à des remarques qu’un de nos collègues doit élucider, entre autres sur les mesures proposées depuis si longtemps pour la conversation des monuments historiques classés ou autres et l’application des frais d’entretien, etc., en ce qui regarde les communes.

 

Peut-être que M. l’abbé Hackspill, député au Landtag, un de nos collègues, a tenu compte de cette discussion sur certaines restaurations effectuées à Metz et les plans adoptés pour l’agrandissement, pour intervenir à son tour, à propos du budget des travaux publics pour l’Alsace-Lorraine, par son beau discours du 2 avril, qui lui a valu tant d’approbations.

 

S’appuyant sur les excellents remarques de M. le professeur Muller, il peut en tirer des conclusions pratiques.

 

Depuis quarante ans, de vives plaintes se sont élevées en Lorraine pour les négligences qui se sont produites. Beaucoup de richesses artistiques du passé ont disparu : ce qui nous reste doit être scrupuleusement conservé et entretenu.

 

Il cite la chapelle d’Offerdingen, d’une grande valeur, et qui est si négligée et celle de Morlange, classée à tort comme un monument historique et restaurée à grands frais.

 

Le projet d’inventorisation des monuments dignes d’être entretenus a été accueilli avec satisfaction.

 

Des mesures prises par la Société lorraine d’histoire et d’archéologie et par l’Evêché en vue de la conservation de nos trésors artistiques, ainsi que la création d’un musée diocésain, sont des efforts à favoriser.

 

L’ancien architecte de la cathédrale n’a pas été troublé dans sa tranquille retraite et ne se porte pas plus mal après les critiques écrasantes dont il a été l’objet par la dite Société et nos artistes.

 

Quand on voit comment tout le pays est inondé de produits d’un art étranger et incompréhensible, qui n’a pas sa racine dans nos traditions, qui n’a pas la moindre lueu de l’art qui s’est développé sur notre sol… y compris l’ineffable gare de Metz avec son toit couleur d’épinards et sa statue grotesque de Roland, il faut qu’on se demande si dans cette méthode on n’obéit pas à un système…

 

Mais faut-il s’étonner que les Alsaciens-Lorrains s’opposent de toutes leurs forces à l’importation de pareilles élucubrations de l’art et qu’ils se refusent à reconnaître que cet art est d’une essence supérieure ?

 

Si pareille aberration de goût ne s’affirmait que dans les constructions nouvelles, si elle se contentait de faire éclore des produits comme, par exemple, les nouveaux quartiers de Metz, où tous les genres de styles sont mélangés de la manière la plus discordante, où chaque maison est plus laide que l’autre, on pourrait peut-être mitiger le mal, et trouver des circonstances atténuants ; mais le vandalisme réformateur s’attaque aussi aux plus belles œuvres artistiques de notre passé. La manie de restaurer s’acharne depuis des années sur notre magnifique cathédrale de Metz, sanctuaire national des Lorrains, symbole de la continuité de la tradition lorraine, qui nous rappelle des siècles de civilisation chrétienne…

 

Une série d’autorités compétentes de tous les pays déplorent et condamnent, de la manière la plus sévère, la façon dont l’édifice a été défiguré et saboté…

 

M. Hackspill cite notamment la restauration des vitraux du transept dont les parties anciennes ont été traitées à l’acide, les nouvelles verrières placées dans la grande nef qui déparent l’ensemble par leur style et leur couleur ; le chemin de croix qu’on rafistole en ce moment dans un des bas-côtés, etc. Il s’élève contre le projet de faire disparaître de la chapelle du Sacré-Chœur les vitraux peints de Maréchal, le grand artiste messin, et contre l’enlèvement opéré, de la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel, de la statue de la Vierge qui rappelait aux Messins les douleurs de 1870. Il demande enfin que l’Oeuvre dite de la cathédrale, chargée de surveiller sa restauration, soit autrement composée et qu’elle comprenne des hommes indigènes s’inspirant de l’art et du sentiment du pays.

 

Ces observations, qui ont trouvé tant d’écho dans notre population, ont été soutenues et complétées par un de nos collaborateurs, que j’ai déjà plusieurs fois cité, qui a surtout appuyé sur l’esprit qui a présidé à l’édification du monument, atrocement disparate, de Notre-Dame de Lourdes dans la cathédrale et auquel il déclare ne rien comprendre.

 

Qu’on nous permette d’ajouter pour finir que le conseil de surveillance, même à une époque où il renfermait plus d’éléments indigènes, paraît s’être toujours trop désintéresser des travaux qui s’effectuaient, se plaignant de se buter, à tous propos, contre l’autorité supérieure et abusive de l’architecte qualifié, en même temps, conservateur de nos monuments historiques.

 

Nous avons la ferme conviction que les réclamations que nous venons de résumer, appuyées sur l’opinion publique, feront cesser ce cumul et attireront l’attention sur les abus et les erreurs qui se commettent et qui peuvent être encore réparables.

 

 

 

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