Lettre à Marguerite Salomé FRANCK, Vienne 11 août 1882

Publié le par Solnade

Vienne 10 août 1882

Vienne 11 août 1882

 

Ma chère Marguerite,

 

Ma journée d’aujourd’hui ressemble exactement à celle d’hier, sauf que je suis rentré ce matin un peu plus tard et très fatigué car j’avais un cheval détestable. Les manœuvres autrichiennes m’intéressent beaucoup et je suis très heureux de voir que si les Prussiens font mieux que nous, nous faisons mieux que les Autrichiens. J’ai encore mangé hier soir avec Monsieur Schmitt qui est vraiment bien bon pour moi. Ce matin, j’ai déjeuné avec les deux attachés militaires et les attachés civils de l’Ambassade de France ; ces derniers sont des petits messieurs charmants, Comte du Bourtalis, marquis de Montmarin, d’Abrantis etc… tous gens titrés, mais qui ne me font pas l’effet de devoir devenir de grands diplomates.

 

Je ne sais encore quand je partirai pour Bruck, la réponse de l’empereur n’est pas arrivée. Du reste, j’ai assez à voir ici.

 

Envoyez-moi donc toujours vos lettres à la poste restante et envoyez-en beaucoup. Je n’en ai encore reçu que deux depuis mon départ et cela me semble bien peu. Jeanne qui aime tant à écrire devrait m’envoyer une lettre chaque fois que vous ne le faites pas vous-même et je ne suis vraiment pas content d’elle.

 

Quoiqu’un peu fatigué, ma santé est parfaite. Toute la nuit dernière, j’ai rêvé de la maison. M’habituant très bien au régime Viennois, je m’ennuie … après les miens ; je m’arrangerai de manière à être à Paris pour la fin du mois au plus tard. Donc c’est encore au plus 20 jours d’absence.

 

Je vous recommande bien de vous soigner afin que je vous retrouve en parfaite santé. Promenez-vous au bois de Boulogne, mais sans vous fatiguer et prenez toujours la voiture puisque Jeanne la perd en chemin. Si Blanche est revenue, dites-lui encore que je désire qu’elle m’écrive si elle ne veut pas être grondée à mon retour. Dites-moi dans votre prochaine lettre comment vont Jeanne et la tante Barbe et quelle mine a Blanche à son retour de Vichy.

 

Mr Schmitt m’a encore répété que sa femme irait à Paris l’année prochaine pour compléter l’éducation de ses filles. Vous reverrez donc votre amie Victorine et vous pourrez aider à son installation car si Schmitt veut qu’elle habite … auprès de nous. Il la mettra sous notre protection .

 

Dans votre lettre du 7 vous me parlez d’un coupon Lambard donné par erreur à la société financière. Il n’y a rien à faire à cela pour le moment. Répondez un mot en disant : Mr H absent pour le moment se rendra au bureau de la société dans les premiers jours du mois prochain et règlera cette affaire.

 

Je n’ai pu encore aller à la poste aujourd’hui car je voulais prendre le temps de vous écrire, mais je vais m’y rendre bien vite. Je vous envoie avec cette lettre une vue du Semmering. La villa Schüler qu’habite Mme Victorine est la petite maison que vous voyez à droite du tableau ;  la maison du milieu est un hôtel. Je verrai tout cela dimanche. En attendant, je vous charge de mes compliments pour toute la famille et vous envoie les meilleurs baisers que vous pourrez rendre à Loulou de la part de son papa.

 

A vous de tout cœur,


Louis

Vienne 12 août 1882

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