Lettre à Marguerite Salomé FRANCK, Vienne 10 août 1882

Publié le par Solnade

Vienne 9 août 1882

Vienne 10 août 1882

 

Ma chère Marguerite,

 

Il est 5 heures du soir et je viens seulement de rentrer à l’hôtel après en être parti à 6 heures du matin. Je n’ai qu’une heure avant le départ du courrier et je veux en profiter pour vous dire q.q. mots seulement.

 

J’ai reçu hier votre lettre du 7 qui m’a fait grand plaisir et m’a fort intéressé. L’histoire de Jeanne et de la voiture m’a mis en bonne humeur pour toute la journée. Je pense que, moi n’étant pas là, la tante Barbe lui a fait à cette occasion un sermon en quatre points sur son manque de réflexion et son étourderie.

 

Ma journée d’hier comme celle d’aujourd’hui du reste a été très remplie. D’abord, je me suis occupé de choses militaires qui ont peu d’intérêt pour vous. Puis, j’ai rendu visite à notre ambassadeur le Comte Duchâtel qui était venu à Berlin. Il m’a reçu de la façon la plus aimable. Il m’a invité à dîner à la campagne à Reichnau. Je l’ai naturellement remercié. Le soir, j’ai retrouvé Mr Schmidt et nous sommes allés à l’opéra où nous avons entendu le Freischütz de Weber. Musique splendide, chants assez bons. Dans la journée le Ministre de la guerre autrichien m’a fait dire qu’il ne pouvait pas m’autoriser à séjourner au camp de Brück sans l’autorisation de l’empereur, chef suprême de l’armée. Or l’empereur était hier à … pour rendre visite à son confrère d’Allemagne. Aujourd’hui il est allé voir sa fille à Munich et il ne sera à Vienne que samedi. Ce n’est donc que dimanche que j’aurai une réponse. En attentant, j’ai l’autorisation de suivre des manœuvres de brigade que l’on fait autour de Vienne chaque matin. Dans la matinée donc, je pars à cheval à 6 heures et je rentre à 11 heures. Je repars à 1 heure pour visiter des établissements militaires et je rentre vers 5 heures.

 

Vous voyez que je ne perds pas mon temps. Dans l’intervalle, le soir et le matin, je pense beaucoup à la maison. Dimanche, je me reposerai et j’irai passer la journée chez votre amie Victorine au Simmering.

 

Mr Schmitt m’a raconté hier qu’il avait l’intention d’envoyer sa femme à Paris avec ses filles pour séjourner pendant un an et perfectionner leur instruction.

 

Je vous quitte bien vite car voici l’heure du courrier et je ne veux pas que vous soyez comme moi un jour sans lettre.

 

Je n’ai reçu aujourd’hui qu’un journal.

 

Compliments affectueux à tous et un bon baiser pour vous.

 

A vous de tout cœur,

 

Louis.

 

Quel griffonnage, mais si vous me voyiez écrire vous vous demanderiez comment je suis encore  lisible.

 

Et Loulou, est-il sage ? Et Jeanne quand m’écrira-t-elle ?

Vienne 11 août 1882



Reichenau an der Rax ? Entre les montagnes de Rax et de Schneeberg d’une côté et la région de Semmering et Wechsel d’autre côté, Reichenau an der Rax est considérée comme point de départ aimé et bien fréquenté pour randonnées et repos pour corps et esprit.  Des célébrités comme Schnitzler, Doderer, Alma Mahler-Werfl et Loos passaient un bon temps à Reichenau et ses environs pendant les mois d’été.  Aujourd’hui les acteurs les plus fameux de Vienne n’y viennent pas seulement pour le paysage, mais aussi pour participer au festival de Reichenau.

 


 


Publié dans Marguerite Salomé

Commenter cet article