Lettre à Marguerite Salomé FRANCK, Vienne 9 août 1882

Publié le par Solnade

Vienne 8 août 1882

Vienne 9 août 1882

 

Ma chère Marguerite,

 

Ma journée d’hier a été bien remplie mais elle est peu intéressante pour vous attendu que je ne me suis occupé que de choses militaires.

 

J’ai trouvé un journal à la poste mais pas de lettre ce qui ne m’a pas mis de bien bonne humeur. A midi j’étais chez le Commandant de Berghes et je déjeunais avec lui et le Capitaine Blanche, le 2e attaché militaire à l’ambassade de Vienne. Le déjeuner a été fort intéressant et j’ai été très frappé de la différence qui existe entre mes deux convives. Le prince de Berghes est un homme charmant, courtois, aimable, très séduisant, mais c’est tout ce qu’il faut lui demander. Comme militaire il est très médiocre, peu au courant des choses de son métier et pas du tout à la hauteur de la situation importante qu’il occupe à Vienne. Il est depuis six ans ici, très bien en cour, très accueilli dans le grand monde, mais il ne fait rien comme militaire et je ne serais pas étonné qu’il ne fût remplacé d’ici peu par un protégé du général Billot. Le Capitaine Blanche au contraire, homme du monde, très comme il faut, est en même temps un homme de valeur. Il sait tout, est au courant de tous les progrès, de tous les projets, de toutes les tendances. Il n’y a qu’un an qu’il est à Vienne, et il a plus fait pendant ce temps que de Berghes dans 6 ans. C’est donc surtout avec lui que j’ai pu savoir et apprendre bien des choses.

 

Après le déjeuner, j’ai dû me mettre en tenue pour être présenté au Ministère de la Guerre. Le Ministre Comte de Bilaudt est à la campagne. C’est son chef de cabinet qui nous a reçus. Il nous a fort bien accueilli, mais n’a pas voulu me donner une lettre d’introduction pour le Commandant du camp de Brück avant d’en avoir référé au ministre. Nous aurons la réponse aujourd’hui dans l’après-midi ; je suis donc à Vienne au moins pour deux jours encore.

 

Le reste de la journée s’est passé en visites d’une caserne d’infanterie, une de cavalerie, promenade au Prater, souper et causeries. J’étais très fatigué le soir et il m’a fallu une longue nuit pour me remettre ; je suis ce matin de nouveau tout dispos. Je devais aller à 7 heures suivre les exercices d’un régiment d’infanterie mais il pleuvait à verse et je suis resté dans mon lit.

 

Il est 9 heures et le temps commence à s’éclaircir. Je vais aller à la poste puis chez le Capitaine Blanche. J’ai rendez-vous pour souper ce soir avec Mr Schmidt ; nous devons aller à l’opéra entendre le Freischütz de Weber.

 

Que fait-on à la maison ? Voilà bientôt huit jours que je suis parti et il me semble qu’il y a un siècle ; les nouvelles sont bien longues à arriver jusqu’ici ; je nai les lettres et les journaux que trois jours après leur départ de Paris.

 

Plus je vois Vienne et plus je trouve Paris splendide. Plus je mange la cuisine du restaurant, plus j’estime les excellents plats de Jean. Rien ici ne vaut ce que nous avons à la maison.

 

Je fais un bien intéressant voyage, mais comme je serai heureux de rentrer et de vous revoir ! En attendant, embrassez pour moi toute la famille, y compris Blanche si elle est revenue.

 

Je charge Loulou d’embrasser sa maman, je lui rendrai au retour tout ce qu’il aura donné de baisers pour moi.

 

A vous de tout cœur,

 

Louis

 

Dites à Jeanne de profiter du séjour de la tante Barbe pour se perfectionner dans les travaux d’aiguille. Dites aussi à Blanche de me narrer la fin de leur voyage.



Le Franc-tireur , opéra en trois actes en langue allemande de Carl Maria von Weber (1786-1826)

 

  Vienne 10 août 1882 


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