Lettre à Marguerité Salomé FRANCK, Titisee 4 juillet 1882

Publié le par Solnade

Au lac du Val d’enfer
Hotel Zum Titisee
4 juillet 1882
7 heures du matin


Ma chère Marguerite,

J’ai traversé hier le Val d’enfer qui m’a rappelé notre passage du Br…g. Si vous aviez été là, je crois que vous seriez tombée en pamoison ; c’est vraiment splendide et grandiose. A 1 heure j’arrivais au lac de Titisee au sommet d’un col. C’est là que l’on s’arrête pour faire l’ascension du Feldberg. Mais le temps était sombre, la plaine commençait à …, toutes mauvaises conditions pour une excursion. Je me suis donc décidé à une promenade dans la forêt. Dès que le temps s’est un peu remis, je me suis arrêté dans un chalet et j’ai bu du lait qui m’a rappelé le Grindewald et je suis rentré à l’hôtel au coucher du soleil ; le lac était splendide et vous auriez été bien heureuse d’être sur ses bords verdoyants 

avec votre Loulou. Il ferait bon en effet de passer un mois ici. L’air  y est merveilleux, la nature splendide et la pension ne coûte que 5 marks. Mais les changements de température y sont d’une brusquerie que je ne connaissais pas encore.

 

Ce matin, le temps est splendide. Je pourrais monter au Feldberg mais il y a trois heures de marche ; pas de chevaux, pas d’ânes. Je pars donc à 10 heures par la poste pour Donaueschingen  et ce soir  je coucherai à Constance.

 

Je commence à avoir un peu le mal du logis. Il y a aujourd’hui 8 jours seulement que je vous ai quittée et il me semble qu’il y a un siècle. Vendredi au plus tard je veux rentrer à la maison et embrasser mon Loulou. J’espère que ce gaillard-là s’est bien conduit en mon absence et que je n’aurai pas à le gronder en arrivant.

 

J’ai fait hier dans la forêt un petit bouquet dont je vous envoie un échantillon. On retrouve ici toute la végétation, toutes les fleurs du Giesebach et hier le bois de Boulogne avait un peu perdu dans mon estime ; je me suis bien juré de ne plus voyager sans vous si ce n’est pour mon service, car je jouis beaucoup moins de tout ce que je vois ; je reconnais qu’un plaisir qui n’est pas partagé a beaucoup moins de charme.

 

Avez-vous des nouvelles de Jeanne et de la tante Barbe ? Blanche est-elle venue vous consoler de notre absence ? Votre santé est-elle bonne ? Je redoute beaucoup cette période du 1er au 6 et j’attends avec impatience une lettre de vous. C’est un peu pour ce motif que je ne reste pas ici aujourd’hui, car à la rigueur j’aurais pu monter à pied au Feldberg ; le temps est si engageant que ce n’est pas sans regret que je quitte ces belles montagnes.

 

J’ai rencontré ici un médecin militaire allemand avec lequel j’ai passé la soirée hier et qui m’a fort intéressé ; il prétend que les Allemands ont horreur de la guerre et que si nous ne venons pas les chercher, ils se tiendront absolument tranquilles. Cela doit vous étonner.

 

Je n’ai pas lu un journal depuis ceux que vous m’avez envoyés à Colmar et je ne m’en trouve pas plus mal pour cela.

 

Au revoir ma chère Marguerite ou plutôt à demain, car je vous écrirai un mot avant de me lancer sur le Bodensee.

 

Recevez un baiser bien tendre de votre mari et rendez-le à votre petit Loup Loup.

 

A vous de tout mon cœur,

 

Louis
Titisee
Feldberg


Publié dans Marguerite Salomé

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