Lettre à Marguerite Salomé FRANCK, Strasbourg 10 septembre 1880

Publié le par Solnade

Marguerite Salomé Franck

Strassburg, den 10.9.1880

 

4. h. Nachmittag

 

Ma chère Marguerite,

 

Je suis arrivé à Strasbourg à 2 heures et mon premier soin a été de courir à la poste où j’ai trouvé deux lettres de vous et une de Jeanne. Il est superflu de vous dire avec quel intérêt je les ai lues. J’ai été enfin tranquille et heureux de vous savoir tous en bonne santé et ne vous ennuyant pas trop. Me voilà rassuré jusqu’au 5 et j’espère bien trouver en arrivant à Colmar de nouvelles lettres qui me tranquilliseront jusqu’au 9 au moins. Je suis bien désolé ma chère Marguerite d’avoir renouvelé cette mauvaise plaisanterie. De vous appeler d’un autre nom que le vôtre. Mais comment cela a-t-il pu vous préoccuper un seul instant. Vous prenez tout au sérieux. Je vous jure que je n’ai en ce monde d’autre préoccupation que celle d’être un bon mari, un bon père de famille. Hors de là, rien ne m’est … si ce n’est les attachements de famille.

 

Malgré les petites irrégularités de votre caractère que je mets du reste sur le compte du tempérament, je vous aime comme un bon mari doit aimer sa femme, et vous me trouverez  en toutes circonstances d’un dévouement absolu. Mon plus grand désir est de vous rendre heureuse et de vous faire oublier les tristes épreuves du passé. Voilà ma chère Marguerite ce que je vous écris du fond du cœur.

 

J’ajouterai que moi-même je ne me sens parfaitement heureux qu’en famille et qu’il me serait bien sûr dur de redevenir célibataire.

 

Je ne vous crois pas lorsque vous me dites que Jeanne seule me désire. Je suis sûr que je tiens une grande place dans votre estime et dans votre cœur, et je veux que cette place devienne chaque jour plus large. Nous avons maintenant un lien de plus, ce ravissant baby si rose, si beau, avec des yeux si tendres.

 

Que votre santé redevienne florissante comme je l’espère et vous verrez que s’il est des jours amers il en est de bien doux. Ce n’est pas moi qui l’ai dit le premier. Rien du reste n’est nouveau sans le soleil.

 

Nous voilà le 10 et demain avant midi, je serai à Colmar. Comme j’ai vu au Windsbühl presque tout ce que je voulais voir, je tâcherai d’en finir le plus vite possible avec les affaires d’intérêt et j’espère ainsi gagner un jour ou deux pour être plus tôt auprès de vous.

 

J’écris un mot à Mr Flandin pour le prévenir de mon retour pour le 18. Ne laissez rien toucher dans le jardin d’ici là. Je ne veux pas qu’on vous ennuie avec des jardiniers ou qu’on bouscule le jardin en mon absence. .. on a bien le temps d’arracher les arbres plus tard. Donnez-moi de vos nouvelles presque tous les jours ; un mot seulement si vous n’avez pas beaucoup de temps. Ecrivez un jour et Jeanne l’autre.

 

Adieu pour aujourd’hui ma chère Marguerite. Je vais aller voir la pauvre madame Moeder, en souvenir des bontés qu’elle a eues pour vous. Je vous écrirai demain sans faute en arrivant à Colmar. Mille baisers de votre affectionné mari.

 

Louis


Embrassez pour moi Jeanne et le petit Loulou. Un bonjour à toute la maison. Les pigeons sont-ils revenus ? Jeanne sera à jamais fâchée avec Mr Hardy s’ils sont perdus.


 

 

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