l'Abbaye cistercienne de Freistroff, par Jean-Denis BENOIT pour la SHAN

Publié le par Solnade

Dans une monographie éditée en 1992, l'auteur écrit :


"Freistroff, paisible bourg de l'ancienne province de Lorraine, à 37 km au nord-est de Metz et à 28 km au sud-est de Thionville, fait partie du canton de Bouzonville. Dans cette contrée des Pays de la Nied, Freistroff et Bouzonville, cités autrefois rivales, ont une histoire particulièrement riche. Celle de Bouzonville nous est connue par l'excellent ouvrage de M. l'Abbé DICOP, celle de Freistroff reste encore à écrire. Cette plaquette veut y contribuer modestement en apportant quelques éléments sur l'abbaye de ce lieu, fondée en 1130 par Werri de Walcourt".


Cette monographie devrait toujours être disponible auprès de la SHAN (Société d'histoire et d'archéologie des pays de Nied) pour ceux qui s'intéressent à l'intégralité de l'histoire de ladite abbaye.


Quant à nous, nous zapperons le passé de cette abbaye qui hébergea au départ une communauté de femmes et à qui les grandes familles de Lorraine et même de Metz, la Française, n'hésitaient pas à confier leurs filles. Ces dames furent ensuite remplacées par les mâles disciples de Saint Bernard.

Jardin de la partie orientale de l'abbaye cistercienne de Freistroff

copyright solnade 14 avril 2009

 

Notre souci majeur, bien que réducteur, est de retrouver trace des familles DALSTEIN et SALMON, que nous savons liées de près à l'évolution du monastère.

 

Ainsi à la page 67, pouvons-nous lire que les maires de l'abbaye de Freistroff sont :

 

  • Jean DALSTEIN en 1668
  • Jean SALMON en 1680

 

A la page 75, "Au début du XVIIe, l'abbaye de Freistroff a joué le rôle d'établissement de crédit, rôle très inhabituel pour un monastère. Bien que le prêt d'argent soit interdit par l'Eglise, l'abbaye en consent aux paysans de la région .... Voici une série d'obligations contractées par les habitants de la région entre 1612 et 1613 :

 

  • DALSTEIN Hans, maire du couvent à Freistroff et DALSTEIN Jean de Diding, 300 francs.

 

 

A la page 82, ... la communauté demande un partage des terres et un remembrement; l'abbé de Freistroff obtient 135 jours de terre et 10 fauchées de pré. Chaque laboureur doit tris corvées de charrue, cinq de bras et une de faux mais l'abbé fournit 4 livres de pain pour chaque "attelée de charrue".

 

 

  • Le 12 avril, Pierre DALSTEIN, censier de l'abbé, prend à bail perpétuel la métairie de terre contre un canon de 45 quartes.

 

 

L'histoire de l'abbaye de Freistroff, au cours de la période révolutionnaire, ayant déjà été publiée par M. Lesprand dans son étude sur le clergé de la Moselle pendant la Révolution, la monographie Benoît n'en retrace que quelques grandes lignes mais suffisamment pour nos recherches.

 

Nous y apprenons que les décrets des 19 et 20 mars 1790 enjoignent aux municipalités de se rendre dans les maisons religieuses pour y dresser l'inventaire, établir la liste des religieux, constater l'état de leurs revenus et dettes et enfin les interroger sur leurs projets d'avenir :

  • Le 14 juin 1790, le maire et François DALSTEIN, officier municipal, dressent cet inventaire. En dehors de l'abbé, il reste au monastère, trois religieux, trois frères lais et un novice; trois serviteurs sont encore employés. L'abbaye ne semble pas s'être rétablie depuis l'incendie de 1775".

 

La situation financière n'est guère plus brillante... De l'étude des comptes, il ressort ... une dette de 32 000 livres due à l'abbaye voisine de Villers-Bettnach.

 

Dès le 31 mars 1791, le maire demande la mise sous scellés de l'abbaye que les religieux ont quittée. Au nom des habitants, il sollicite la jouissance de l'église...


Dès 1791, les jardins et bâtiments sont loués, à VENNER mais aussi à Michel SALMON. Le 17 juin 1791, a lieu la première vente de l'abbaye; le sieur BERWEILLER, demeurant à Hombourg, l'emporte au troisième feu pour 4620 livres contre Simon SALMON avec 4610 livres ...


En août 1794, l'administration établit dans les locaux une ambulance militaire. Le locataire VENNER proteste, "l'abbaye offre un local extraordinairement spacieux, il est ridicule d'exiger tout cet emplacement". Cet hôpital a des problèmes avec l'alimentation en eau, les conduites ayant été sabotées en mars 91. Des réparations sont faites... mais d'autres dégradations sont perpétrées...


Ce n'est qu'en 1795 que le district, considérant "qu'il est important de procéder au relaissement des jardins et enclos de l'abbaye dont les baux sont expirés, considérant que les bâtiments éprouvent des dégradations" nomme un citoyen pour effectuer les locations. Jacques BERWEILLER, cultivateur et amodiateur de Hombourg, se porte acquéreur et dépose 3500 livres à tire l'acompte. Des experts estiment le domaine à 35306 livres mais l'affaire traîne en longueur..

copyright solnade 14 avril 2009


En 1799, le domaine est disséqué et vendu en lots séparés. Le 6 mars, Michel SALMON achète la partie allant du jambage gauche de la grande porte d'entrée jusqu'au passage de la "blancherie". Le 7 mars, Pierre NADé de Hestroff achète la maison dite "la chartreuse", à côté de Michel SALMON. Le 27 avril 1800, Christophe BERWEILLER le Jeune, achète les écuries à porcs, les hangards et jardins. Le même jour, Charles BREM, maréchal ferrant, et Jean SALMON achètent une grange, un terrain et le petit logement du "marcuier". Le 5 mai, Nicolas POIRIER de Freistroff et Jean KIFFER, fermier à Guéling, achètent l'église. Le 29 mai, CANé, propriétaire des lieux, cède à Jacques BERWEILLER le corps de logis du couvent. Le 16 juin 1818, ce dernier vend tous ses biens provenant de l'abbaye à Jean SALMON.

Plus tard, la partie gauche est adjugée à la famille SALMON; Francis y installe une fabrique de sucre, puis en 1844, une brasserie. Vers 1880, pour assurer un meilleur écoulement de sa production, il cède les terrains à la Compagnie des chemins de fer. La ligne passe très près de l'usine, mais elle coupe définitivement l'abbaye en deux.

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L'église (POIRIER-KIFFER) et la chartreuse (NADé) disparaissent, la tour subsiste, les bâtiments à sa gauche sont surélevés par un étage en 1884. La bière de M. SALMON devait être de bonne qualité, comme le témoignent les nombreuses récompenses obtenues à Bruxelles et dans les expositions départementales. A la fin du siècle, l'usine emploie 13 ouvriers et produit 5000 hl par an.




"Durant la dernière guerre, François SALMON et sa famille sont contraints de quitter la Lorraine. Leurs biens sont mis sous séquestre par les autorités allemandes. Le jour de Noël 1942, les bâtiments sont la proie des flammes, incendie provoqué par la négligence des soldats qui occupent les lieux". Il faudra tout reconstruire après la guerre (renseignement fournis par Madame SALMON-GHARAWI).

 

La partie droite de l'abbaye qui appartenait à la famille DIDION, est incendiée en septembre 1939 par les frontaliers qui s'y étaient établis. Les caves sont comblées avec les gravats. Cette partie, déjà transformée en ferme avant la guerre, est aujourd'hui (en 1992) habitée par la famille WINTER. Elle n'a pas oublié la destinaion première du lieu car la plaque apposée à l'entrée de la propriété signale que vous pénétrez dans le "Domaine de l'abbaye". Quelques piliers disposés le long des anciens murs de séparation sont les seuls vestiges de cette ancienne et belle abbaye.

 

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Certaines rumeurs font état d'une prochaine affectation de la partie gauche de l'abbaye : un centre de remise en forme...



 


 


 


 

 

 

 

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