Louis Céleste Hackspill °1832 † 1919 pour qui "être bien monté" est chose importante...

Publié le par Solnade

Dans son carnet de mémoire 1854-1884, Louis Céleste HACKSPILL, sorti de St Cyr le 26 août 1854, nommé officier au 54e de ligne  le 1er octobre 1854, embarqué à Marseille le 13 novembre 1854 sur le Scamandre, écrit :


 " Le 16 et le 17, tempête affreuse qui force le capitaine à relâcher à Port-Mahon (îles Baléares). Séjour à Mahon le 18 et le 19. Déparquement à Oran le 22 novembre. Arrivée à Tlemcen  le 26. Je suis envoyé au camp volant près Négrier , le 1er décembre à la 5e compagnie du 3e bataillon avec le capitaine Joliot. Course à l’Isser  et aux eaux chaudes."


Par la suite, Louis Céleste nous fait visiter le nord ouest de l'Algérie dont la frontière avec le Maroc est encore incertaine. S'Il y apprécie les nombreux dîners arabes, les fantasias, les bains maures, les diffas chez les caïds, les grandes fichtas, les chasses au sanglier, les bains de mer, les nombreux bals, il ne manque pas d'y organiser quelques razzias  "voyage à Tlemcen pour le bal du général. 4, retour à Sebdou. 18. je prends 300 moutons, 44 chèvres, 1 jument et un nègre aux Ouled Ali Ben Chnafa" -fraction dissidente des Hamyans-.


Il aime aussi participer aux courses de chevaux et pour cela il lui faut un bon et surtout beau cheval.


Voici ce qu'il écrit à ce propos :


1855, 6 novembre, visite du général de Beaufort. 16, départ d’une colonne du 54e des tirailleurs indigènes et des spahis  pour Aïn-Benkhelil  à 80 lieues dans le sud. Mort du sous-lieutenant Lallemand. 17 novembre. Je suis nommé officier au bureau arabe de Tlemcen. 19. J’expédie 400 chameaux à la colonne du sud.
26, course aux Ouled-Sidi-Abdelly. Organisation des colons.

10 décembre, même course. 11, grande chasse à courre avec le commandant Boyer. 12 Xbre , retour à Tlemcen. J’achète un cheval (500 f)

1856, 12 avril, voyage à Tlemcen. 15, retour à Sebdou. 18, fantasia de Sidi Tahar. Courses de chevaux. 21. Je reçois une indemnité de 500 f pour achat d’un cheval. 20 ( ?), passage à Sebdou des membres de la société scientifique. 26, excursion au Gor pour le revêtement des puits.

1er août. Je vends mon cheval bai (Mebrook) 475 francs. 8, grande chasse au sanglier dans les bois du Gor ; grande diffa à la suite. 16. Je rentre adjoint au bureau arabe de Tlemcen.
20 & 21 août. Courses aux Traras, chez les Béni Ouarsous.

2 septembre. Départ de 10 compagnies d’infanterie pour la frontière de l’Ouest. 10, je pars pour les courses de Mostaganem avec 250 hommes du goum de Tlemcen. Je couche à Mchra-Betab. 11, campement à Sidi Bel Abbès. 12, campement aux puits de Sidi Bou Adj… 13, déjeuner à la Macta.  Campement à la Tsidia ?. Nous apprenons la mort de l’agha de la montagne du sud  assassiné aux portes de Tlemcen. Je vais coucher à Mostaganem. 14, séjour à Mostaganem. 15 & 16, courses de chevaux. 17. Séjour à Mostaganem. 18, départ. Campement à Arzen . J’achète un cheval gris de 4 ans 450 francs. 19, campement à Oran. 20. Aïn-Temouchen (Aïn-Témouchent). 21, retour à Tlemcen. 22, émigration de l’agha Bel Hadj des Ouled Riahs. 28, départ de deux colonnes expéditionnaires.

1857, 13 février, course aux Oulhassas. 14, chasse infructueuse. 15, chasse sur le bord de la mer. Nous tuons 2 sangliers. 16, retour à Tlemcen. 18, j’envoie mon cheval gris Sultan au vert dans la tribu des Oulhassas. Course à Sidi Brahim. 25, départ de Tlemcen avec les capitaines Cerès et Alavoine. Campement à Benuchi.
26, campement à Bachgoun. 27-28, campement à Honeïn, pêche.

1857, 5 août, je pars pour Oran avec le général de Beaufort. Procès du capitaine Doineau. 23, le capitaine est condamné à mort. 24, je demande à quitter les affaires arabes . Retour à Tlemcen. 26, je vends mon cheval blanc 525 francs au commandant du génie Vauxfleury. 27, départ pour Oran. 29, je m’embarque sur le Phare.

1857, 3 septembre, arrivée à Ténès. Séjour dans cette ville jusqu’au 5 septembre. 5, départ pour Orléansville.
6, je reprends mon service au 54e de ligne. 8 septembre, course à cheval au village de Pontéba. Le lieutenant Boussarie commande ma compagnie, 5e du 1er. 6, départ du 54e pour rentrer en France. Je fais pas les fiers. Je reste à  Orléansville.  Je vends mon cheval gris Sultan 450 francs. 15, arrivée du 23e de ligne. 17, je pars pour Tenez (
Ténès) . 14, je m’embarque à Tenez avec 200 hommes sur le Narval. 20, arrivée à Alger. Déparquement. 25, courses de chevaux, bal chez le gouverneur. 27, je m’embarque sur le vapeur le Nil. Traversée magnifique. 29, débarquement à Marseille.

1868, 1er août, départ pour Paris - jour anniversaire de la mort du Général de Chambarlhac - visite à Montmartre. 2, soirée au concert Musard, présentation à Melle G.  3, retour à Gentilly.  4, voyage à Montgé.  5, retour à Valenciennes.  7, j’achète un cheval de 5 ans à un capitaine du 12e Dragons, pour le compte d’Arnaud Simonard - 800 francs -. 9, voyage à Condé. Retour à Valenciennes. 30, départ de Valenciennes. Déjeuner à Lille. Dîner à Hazebrouck chez M. Boidin.  Coucher à Béthune. 31, retour à Valenciennes.

1870, 24 juillet, 4 heures du matin, nous partons sur la route de Thionville à Metz. Bivouac à Kédange , dans la prairie. Le 1er bataillon se porte en avant pour appuyer la cavalerie. Je suis nommé capitaine des éclaireurs volontaires. 25, orage épouvantable, le tonnerre tombe sur l’état-major du Général Lorencez , blesse 3 officiers et tue un cheval.

1880, septembre, voyage en Alsace et dans le grand duché de Bade. 2, départ de Paris  8 heures ½ du soir. 3, arrivée à Baden-Baden  à 10 heures du matin. Visite au Trankhall , à la Conversation, à Lichtenthal   au couvent, à Fischencultur , au Gaisbach, am Fremersberg . Concert le soir, Melle Sessi de Milan (médiocre).  4, promenade au vieux château, au château neuf à Frederichsbade . Départ pour Heidelberg à 1 heure, arrivée à 3 heures. Visite au vieux château  – ruines splendides -. 5, visite de la ville – Hauptstrasse et Léopoldstrasse, nouvelle visite au château par Melkencurr -  6, Départ pour Waibstadt  par la vallée du Neckar. J’assiste à une manœuvre de la 28e division prussienne entre Epfelbuch et Waibstadt. Je déjeune dans ce dernier boing ? et je me présente au Commandant de la Division général von Willissen . Je suis présenté par lui au Colonel Ifssen du 22e régiment d’infanterie et aux officiers de ce régiment. Le colonel, ancien officier hanovrien qui a servi au 1er Zouaves en Algérie, met un cheval et une ordonnance à ma disposition. J’assiste aux exercices d’avant-postes et aux manœuvres de la brigade prussienne du général. 9, retour à Heidelberg. 10, départ pour Strasbourg à 10 h.  



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1914. Début de la Grande Guerre. Louis Céleste, colonel en retraite à Versailles, a 82 ans et son fils (1880, 3 mai, naissance de mon fils Louis Jean Henri. Il est déclaré à la mairie du 3e arrondissement (Temple) par MM. Simonard et Mattei. Il est baptisé à l’église de la rue de Turenne. Il a pour nourrice l’excellente Tiennette Finot , d’Arleuf, canton de Château-Chinon (Nièvre). Toute la famille va passer l’été à St Mandé) doit quitter la Faculté de Chimie de Nancy où il est chargé de cours pour rejoindre l'armée.


Ainsi débute une longue correspondance dès le 2 août 1914, date à laquelle le père écrit à son fils :

Capitaine Hackspill

Commandant la Cie de mitrailleuses du 348e Régiment d’Infanterie 52e division

Secteur postal 99


Mon cher fils,
A peine étais-tu parti ce matin que j'ai reçu de Nancy une lettre chargée contenant 350 francs. Pas d'explications autres que la note ci-contre.
Versailles est toujours en pleine mobilisation. L'attitude des gens est vraiment étonnante de résolution et de courage. A l'instant vient de passer devant la maison un escadron de Dragons réservistes qui ont déjà l'air de soldats en campagne; je suis arrivé trop tard pour voir si Jacques était à leur tête. L'escadron  va, paraît-il, à Paris. J'espère que tu es arrivé à Rocroy sans difficultés. Où es-tu installé ? Donne-nous ton adresse et dis-nous (par lettre cachetée) si tu dois rester quelques jours en garnison et si on t'a gardé le commandement de tes mitrailleuses. Si tu dois rester q.q. jours à Rocroy, j'essaierai de te faire parvenir un petit colis postal avec du Kirsch et les choses que tu pourras me demander. On a déjà réquisitionné dans notre quartier, chez le Général entre autres, des locaux pour logement de troupe ! Notre tour viendra et j'apprête la petite maison avec force paille de couchage.



Dans cette longue correspondance, Louis père relate le quotidien, parle de sa famille, rapporte la presse, les faits politiques. Mais il s'enquiert surtout du bien-être de Louis fils qui ne se destinait pas à une carrière militaire. Le père est cependant fier de voir son fils endosser l'uniforme et se soucie bien sûr de son look mais surtout de le savoir "bien monté..." :



6 mars 1915
Tu me dis que tu vas recevoir ton cheval et probablement ta sellerie en même temps. Est-ce que l'un et l'autre viennent du dépôt par le prochain convoi ?  Je le souhaite. Le Major, auquel j'avais écrit pour lui recommander ta sellerie, n'a pas répondu. Je pense qu'il s'en sera inquiété. Tu aurais pu écrire un mot au Capitaine d'habillement pour qu'on ne t'oublie pas.


29 mars 1915
Tu as bien fait d’acheter un appareil photographique et je compte que tu nous gratifieras de temps en temps de curieuses épreuves pour augmenter la collection qu’on mettra en ordre à ton retour, avec cette indication : Souvenir de la Grande Guerre. Toi, ton cheval, le brosseur du cheval, ton entourage, etc. etc. Il nous semblera que nous serons auprès de toi.

1er avril 1915
J’ai reçu également une lettre du Commandant Favier qui commande le dépôt du 148e à Vannes. Il me dit qu’il a reçu ta caisse de sellerie et qu’elle a été expédiée le 29 par un convoyeur. Tu vas donc la recevoir incessamment et tu pourras habiller ton cheval dès son arrivée. Je te prie de m’en accuser réception car cela m’intéresse beaucoup.


6 avril 1915
Je suis content de te voir un bon cheval bien harnaché, mais n’hésite pas à demander de changer le tien s’il ne fait pas ton affaire. Tu peux toujours prétexter de ta grande taille qui exige un cheval grand et solide. Si tu m’envoies la photographie de ta monture, fais harnacher la bête avant de faire son portrait pour que je voie qu’elle a bon aspect sous les armes.

10 avril 1915
Tu ne me parles pas de ta caisse de sellerie. Est-elle enfin arrivée, déballée, montée et essayée sur ton cheval ? La selle est excellente (venant de chez Bidal). D’une grande souplesse, on y est très bien assis.  Binet va peut-être la trouver trop belle comme la capote pour un service journalier, mais si tu as une bonne ordonnance pour le cheval, il la soignera pour la conserver intacte. Elle n’est du reste pas fragile.
ps : Es-tu content de ton nouveau cheval ? Etre bien monté est chose importante.


11 avril 1915
Comme nouvelles militaires, tout est un peu en suspens en ce moment, mais on fait partout de grands préparatifs et les Bulgares ont beau ne pas marcher (parce que leur roi ne le sent pas, comme le roi de Grèce du reste) cela ne fera rien à la chose et au succès final de nos armées. Constantinople est un plus gros morceau à avaler qu’on ne croyait. Un mois ou six semaines au plus et on l’avalera. Les Anglais n’en démordront pas et nous les soutiendrons. Donc du courage et surtout de la patience. Je pense que tu as maintenant ta sellerie et que tu as pu essayer ton cheval. Le gardes-tu ?

16 avril 1915
PS :    As-tu trouvé le thé dans les fentes ? As-tu essayé ton cheval ?

24 avril 1915
Où en est ton organisation de compagnie ? As-tu enfin ton matériel, tes chevaux, tout ton personnel ? Il y a là pour toi une occupation intéressante et un commandement qui doit te donner des satisfactions et même quelques soucis.

Es-tu content de ton cheval ? Tu ne m’en as encore parlé que pour me dire qu’il n’était pas beau. Si au moins il est très bon, c’est une compensation.



28 avril 1915
A Versailles, rien de nouveau. Je t’envoie un faire-part de la mort d’un parent de Houdard qui a été inhumé sans doute par ton ancien camarade. J’ai reçu avec ta lettre les petites photographies qui y étaient jointes ; elles ont été rejoindre la collection. N’oublie pas que tu m’as promis ta photo, celle de ton cheval complètement harnaché ou non comme tu voudras.

17 mai 1915
Tu ne me parles pas de ton cheval. Est-ce que par hasard, tu serais démonté ? Ce serait désagréable si on se portait en avant. Toute la famille t’embrasse de cœur.

18 mai 1915
PS : Comment va ta popote ? Etes-vous toujours aussi nombreux et aussi gais ? As-tu le cheval sur lequel tu comptais, ou l’a-t-on mis à pied pour remplacer le quadripède par une bicyclette, ce qui aurait moins de charme. As-tu reçu La Nature du 24 ? Donne-moi des nouvelles de Charles R. quand tu en auras.



Publié dans Louis II

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