Villers-Bettnach - 1934 - Les pierres qui parlent

Publié le par Solnade

Le Lorrain; Lundi 10 septembre 1934

Fondateur M-D COLLIN - Rédacteur : Ch. RITZ

  Rédaction METZ, 14, rue des Clercs -  PARIS (IIe), rue Saint-Marc

 

 

LES PIERRES QUI PARLENT

  Journée de résurrection cistercienne et lorraine à Villers-Bettnach

  La foule par une belle matinée – Saint Bernard et son temps – La Dame de céans – Un moine blanc – Un forestier salue l’Evêque – L’histoire du passé appelle l’avenir – Un petit-fils de Hongrois nous raconte.


  Un vieillard s’approche de nous. Court, trapu, barbu. Il paraît 65 ans. « J’en ai 81 », nous dit-il… Je m’appelle Jean-Pierre Hackspill. J’habite Hestroff. Notre souche vient de Hongrie. Mon arrière-grand-père a quitté les plaines de la lointaine Hongrie à l’appel de son frère, qui était moine cistercien à l’abbaye de Villers-Bettnach. Mon aïeul, qui s’appelait Jacques - Jokel, comme nous disions -devint le charpentier-menuisier-sculpteur du couvent, car les Hackspill ont toujours travaillé le bois, souvent avec art et talent. Mon aïeul eut sept fils et quatre filles après avoir épousé une fille du pays. A Hestroff, on appelait le quartier de ces Hackpill : « in Ungarn », « en Hongrie ». Moi encore, je travaille le bois.

Mon arrière-grand–oncle, le Cistercien, était le P. Léopold. A la Révolution il dut, comme les autres moines, quitter le couvent. Un cultivateur du pays le conduisit en Rhénanie. Il a payé ce geste par la prison. Sous Napoléon 1er, mon oncle, le moine Léopold revint au pays, à Hestroff, où il perdit la vue bien vite. C’est ma grand’mère, sa nièce, qui conduisait le vieux Cistercien par la main. Il est mort à Hestroff. Le dernier moine de Villers-Bettnach repose dans notre cimetière…. Je suis venu ici par devoir. J’ai cru que je devais renouer la tradition entre le passé de Villers et la fête d’aujourd’hui. Je suis heureux de vous avoir dit ces choses. Mettez-les dans votre journal. Je mourrai tranquille, quand Dieu voudra, pas de sitôt, car jamais je n’ai été touché une heure par la maladie… »

Le vieillard dit et se tut… Puis, nous appelant à l’écart, il nous confia un secret, oh ! un secret bien simple, qui était plutôt une demande de conseil. Nous avons pu calmer ses appréhensions. Il accomplira… à Hestroff le geste conseillé. Et alors il pourra mourir tranquille et rejoindre son épouse, décédée il y a trois semaines à l’âge de 84 ans, la plus vieille sage-femme de France, qui avait prêté son concours à la naissance de près de 3500 enfants.

Nous avons … le bon père J.-P. Hackspill, de Hestroff, en serrant fortement sa main valide… Il peut s’en retourner. Hier il fut le modeste chaînon entre 1789 et 1934.

 

Ch. Ritz

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Le Maire de Hestroff à Monsieur Pierre Hackspill, Receveur Buraliste à Quimper...

 

Monsieur,

 

         En réponse à votre lettre du 28/8 j'ai l'honneur de vous faire connaître que le secrétaire de mairie s'est empressé de vous donner satisfaction. Il a consulté le mari de Mme Hackspill Weber, doyenne des sages femmes de France,  qui à l'âge de 81 ans lui a fourni les renseignements suivants et s'est déclaré prêt de vous informer plus justement si vous lui donnez les noms de vos ascendants s'ils sont vraiment originaires de Hestroff.

 

         Voici ses déclarations :

 

            « Au milieu du 18e siècle avant la grande révolution, il y avait au Couvent de Villers Bettnach un moine Léopold venant de la Hongrie, qui exerçait le métier de sculpteur en bois. Pour lui venir en aide il fit venir de son pays son frère Jacques Hackspill, menuisier charpentier. Celui-ci se mariait avec une demoiselle Schuler de Guirlange, soeur d'un autre moine et venu s'installer à Hestroff. Il a eu 7 garçons et 4 filles. Les garçons se sont mariés à leur tour, 3 d'entre eux sont restés à Hestroff. Les 4 autres ont quitté pour Metz ou l'intérieur. Un fils d'un de ceux-ci, capitaine en 1870, est décédé un peu avant la grande guerre, probablement à Paris. 2 autres fils des filles de Jacques Hackspill ont pris part comme officier à la guerre de 1870.

 

         Les trois fils qui restaient, Joseph, Jacques et Jean Hackspill mariés à Hestroff avaient également plusieurs enfants. Joseph Hackspill avait 6 fils et 3 filles dont Jacques Hackspill qui avait 2 fils et 1 fille, dont Jean-Pierre Hackspill le déclarant veuf de la sage-femme, qui a lui-même 2 fils et 2 filles. Jacques Hackspill n'avait pas d'enfants survivants. Jean Hackspill était père de Jean-Baptiste Hackspill, 2 fils, 2 filles dont Lucien Hackspill 1 fils.

 

         Un fils de Jean Hackspill, qui avait 2 filles, est allé à Sarrelouis comme menuisier où ses descendants existent encore aujourd'hui. Un frère de Louis Hackspill,, Jean-Baptiste Hackspill, était père de Antoine Hackspill, qui avait comme fils Louis Hackspill, ancien Député , curé de Graincourt, Paul Hackspill, médecin décédé à Hayange, Mathieu Hackspill, employé ingénieur français actuellement en Sarre. »

 

         L'ancien député peut peut-être vous donner plus d'éclaircissements. Si vous donnez des renseignements précis, le père J-P. Hackspill, veuf de la sage-femme, peut vous fournir des renseignements complémentaires.

 

                                                                                                         

 

 

Bien à vous,

                                                                                              Le secrétaire de Mairie


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